Zsuzsanna Szentandrási-Sós

L’art sculpté d’Attila Rajcsók

Les œuvres de la sculpture organique sont des imitations sacrales et intellectuelles de la nature, qui exposent une interprétation contemporaine de l’intemporel et de l’éternel. L’art d’Attila Rajcsók – grâce à son âge – est devenu la matérialisation de cette volonté de création et d’expression au XXIème siècle. Les racines de cette œuvre émergente sont alimentées par le travail créatif et les conversations menés avec son maître, Péter Gálhidy, professeur à l’Université des Beaux-Arts. Durant ses études Rajcsók avait préparé des objets plastiques biomorphes et stylisés, qui rappellent des oiseaux et des formes anthropomorphes, et, en même temps, avait cherché la réponse à la question de l’installation des œuvres, qui visent à faire diminuer l’effet visuel de la gravitation. En conséquence, il a supprimé le socle en-dessous de ses sculptures. Il n’a pas laissé au hasard de matérialiser son propre art: il avait expérimenté plusieurs procédés techniques de création, comme la sculpture sur bois, le modelage, la taille, la fonte et le soudage pour retrouver enfin, au Symposion de sculpture d’acier (KÉSZ) de Kecskemét, la méthode qui lui fut la plus apte à s’exprimer; celle de la construction. C’est en ce même lieu qu’il a eu l’occasion de se plonger dans l’expérimentation de la plaque d’acier en tant que métal de sculpture, et aussi d’essayer des machines et des techniques conformes à son attitude d’artiste qu’il a pu employer plus tard dans son propre atelier aussi. En complément à l’usage de la matière et des solutions techniques, il a été intéressé par la recherche d’une forme d’expression qu’il a retrouvée dans les structures rondes et arrondies, qu’il préfère encore aujourd’hui. Les outils bien connus de l’art folklorique, comme le récipient à boire en bois, le „csanak” et la cuillère, dont l’adaptation plastique monumentale était conçue à la symposion de sculpture de bois de Nagyatád, peuvent être considérés comme des formes anciennes dans l’art de Rajcsók. Cette œuvre, devenue sa pièce de diplôme, fait partie actuellement de la collection de l’art contemporain de KOGART.

Toutes ces expériences prédéfinissent sa période créative qui est actuellement en train de s’élargir. L’année suivant son diplôme, il construit et forme ses sculptures de son propre style par le pliage et le soudage des sangles précisément taillés en plaque d’acier. Son usage de la matière et des formes, par l’application desquels il ne se détache pas entièrement de la figuralité, sont devenus une marque. Il emploie une réduction de formes: en se balançant à la marge de l’abstraction et de la figuralité, il abstrait, il stylise à la limite des formes reconnaissables ou décryptables – qui sont en même temps des initiateurs d’associations. Il ne part jamais de la composition totale, du squelette définissant l’œuvre, non plus du volume réductible, mais des sangles d’acier, qu’il bâtit d’une façon organique, tout en se laissant guider par les lois de la nature. Point de multiplicité au sujet des éléments : de la répétition d’un même et unique arc résulte l’évolution des formes conçues et développées par la nécessité. Certes, le processus est autoritaire et un peu indolent, mais le résultat, grâce aux expériences formelles acquises par le découpage et le modelage demeure conscient et volontaire. Chez les œuvres naissantes, la longueur, l’angle de courbure des sangles, le rythme de leur fusion et le mode de leur soudage sont déterminatifs: c’est à travers de ces éléments que ses formes, qui peuvent être interprétées comme la réminiscence de la sculpture en bois de Nagyatád, prennent vie. Conformément à cela, il complète quelques œuvres par une tige, qui donne un nouveau point d’appui aux statues. Dû à la spécificité de la création des formes, l’effet d’ombre - lumière des surfaces positives et négatives révèle du pittoresque à travers des formes spatiales. Le sens et l’intensité de la lumière projetée sur l’œuvre déterminent leur aperçu : Attila Rajcsók compose avec la lumière. Par le traitement de surface et la coloration des œuvres, il soutient cet effet pictural conscient, et ceux-ci, de cette manière, se rapprochent du style neo-pop aussi. Les sangles construites l’une sur l’autre se transforment du plus caché au plus visible, ils se stratifient en couches comme l’oignon, se déplient en leur propre forme comme une coquille d’escargot, et s’autoserpentent comme une larve recroquevillée. Les lois organiques de l’expansion de la nature se révèlent sous nos yeux. Les statues – lors de leur interprétation et de leur lecture – résultent dans des pensées subjectives, enracinées dans la culture et des expériences visuelles du spectateur. Quelle est cette forme? Un casque, un tchador, un germe, un panier, un fruit? C’est, pour tout le monde, l’objet que l’on est apte à voir dans un moment donné.

Les sangles-statues sont des constructions, des compositions qui naissent par la répétition d’un élément donné. Quelques œuvres comportent en elles des formes plus petites, conçues de façon identique, d’autres possèdent des tiges. Parmi les œuvres, „Le berceau”, dont la composition saisissante de trois éléments intercalés résulte une vraie ronde-bosse, est à remarquer. Tous ses côtés offrent de nouvelles vues passionnantes, imprévisibles. Une alternance continuelle de couverture et d’ouverture. L’œuvre palpite comme la vie palpite elle-même. Cette œuvre d’art, dont la composition est différente des autres, est une pièce unique de la présente période créative: les deux parties extérieures, qui sont des éléments identiques miroités depuis le soudage, brisent la forme curviligne d’autrefois. La statue est composée de quatre parties. Son extérieur révèle fermement son germe intérieur: l’ouverture des corolles, le bourgeon embrassé par des pétales, l’enfant naissant. La répétition des formes intercalées qui s’ouvrent progressivement suggère une continuité. Le fissure à travers duquel on voit à l’intérieur de la sculpture est une révélation, le dévoilement de l’essentiel. A cause du sujet, la statue est posée sur un socle, ainsi elle devient protégée et accentuée. Le socle est alors une partie immanente de la création, de la visualisation abstraite et symbolique de la naissance et de l’accouchement. La couleur blanche renforce le contenu spirituel, symbolise l’innocence, la pureté et convainc de l’interprétation iconique de l’œuvre. Le support des œuvres et la suppression du socle jouent un rôle important dans l’interprétation de ces sculptures. Le manque de ce dernier résulte dans le contact avec l’espace intérieur, et ainsi les arcs et les tensions dynamiques sont tout à fait perceptibles dans les œuvres.

Les points de support des statues fusionnent avec les points du sol et du mur englobant l’espace, d’une telle manière que l’espace intérieur, et celle de l’exposition remplacent leur rôle. Le spectateur se trouve alors dans l’aura de l’œuvre. Grâce à cela, on peut expérimenter que l’effet visuel des pièces d’art sans tiges, qui se reposent sur un point est statique et calme. Celui des œuvres qui se reposent sur deux ou trois points, c’est-à-dire, qui comportent des tiges, est dynamique. Ces derniers, - s’ils sont stables – font l’effet de se balancer, partant des points du corps et de la tige, mais leur dynamisme n’est jamais de sens parallèle avec ce sentiment. L’espace s’accumule en-dessous des tiges qui en forme des arcs grandioses, et s’étend au-dessus d’eux. Les points de support, et ceux qui se trouvent au plus haut des œuvres deviennent importants. Ce dernier est l’impasse de l’œuvre, car les points de base le tiennent en inertie, qui résulte enfin dans l’équilibre de la statue.

Attila Rajcsók est sculpteur. Le style et le genre de son art ne sont identifiables avec des termes traditionnels de l’histoire de l’art qu’à travers des explications ultérieures, et ses sculptures sont des produits artistiques contemporains typiques.

Budapest, le 3 juin, 2014.